Bataille d'Orthez - 27 février 1814

 

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L'Armée des Pyrénées et la Conscription en 1813-1814

    Le 24/28 août 1813, Napoléon ordonne une levée de 30.000 hommes dans les 24 départements du Midi afin de renforcer l'Armée d'Espagne du Maréchal Soult à hauteur de 23.000 hommes et l'Armée de Catalogne du Maréchal Suchet à hauteur de 7.000 hommes.

    Les troupes affectées à l'Armée d'Espagne auraient pour objectif de former une division à Bayonne.

    Mais cette conscription ne donne pas les résultats escomptés d'autant que l'élan pratriotique des départements du Midi est essoufflé. Le nombre de réfractaires et de déserteurs est nombreux. Cependant, les dépôts envoient vers l'armée les hommes qu'ils recoivent souvent mal habillés et mal armés.

    Les résultats de cette conscription étant resté obscur, même en haut lieu, Napoléon propose, le 6 novembre 1813, d'augmenter l'armée d'Espagne de 100.000 hommes mobilisables en février 1814. Il prend en compte les 30.000 hommes préalablement lévés, auxquels il ajoute 30.000 à 40.000 hommes de la classe 1815 et 20.000 réfractaires.

   Entre temps, le 27 septembre 1813, Napoléon signe par avance un sénatus-consulte mettant en activité 280.000 conscrits (160.000 de la classe 1815, 120.000 des classes antérieures). Ce sénatus-consulte est présenté au Sénat qui le ratifie le 9 octobre suivant. Le 20 novembre, un simple décret impérial portera à 160.000 hommes la levée des 120.000 hommes de classes de 1808 à 1814 autorisée précédemment.

   Suite à la défaite de Leipzig et au passage du Rhin par les troupes françaises, le 15 novembre 1813, un sénatus-consulte lève 300.000 hommes sur les classes de l'an XI (1802-1803) à 1814 inclus (décret le 19 novembre). Dès lors, 150.000 hommes sont mis immédiatement en activité et les 150.000 autres sont tenus en réserve et ne seront levés que lorsque la frontière de l'Est serait envahie. 

   Les classes 1814 et antérieures des départements du Midi sont, dans un premier temps, dispensées (du fait de leur lévée précédente de 30.000 hommes), mais Napoléon revient bien vite sur cette décision et demande un effort supplémentaire de 60.000 hommes pour ces classes (comptant aussi sur le produit de la chasse aux réfractaires). La classe 1815 doit être considérée comme une réserve ne servant seulement si le compte n'y est pas avec les classes précédentes.

    Le département des Hautes-Pyrénées doit fournir 1.100 conscrits. Depuis janvier 1813, ce département avait déjà dû fourni 2369 hommes sur un total de 2389 sur les levées de 100.000, 80.000, 30.000 et la lévée ordinaire de la classe de 1814. 

   Comme la levée précédente, cette levée de 300.000 hommes n'obtient pas les résultats escomptés d'autant plus que les hommes de vingt à vingt cing ans encore disponibles sont enrolés dans les bataillons/cohortes d'Elites de la Garde Nationale. Une instruction du Ministre de l'Intérieur datée du 18 novembre 1813 se propose de lever ce frein et ordonne le remplacement des Gardes Nationaux appelés par des hommes non appelés. Mais le 29 novembre suivant, le Ministre de l'Intérieur revient sur sa décision.

   Le seul département du Midi ayant pu satisfaire cette nouvelle saignée est les Hautes-Pyrénées qui conserve en même temps sa Légion de 1.200 Gardes Nationaux. Sur les 1.100 hommes demandés au département, plusieurs détachements sont en route dès le 26 décembre (journal des Hautes-Pyrénées) et au mois de janvier 1814, 1.005 hommes sont déjà fournis.

    A l'opposé le département des Basses-Pyrénées propose 100 appelés dont seulement 7 à 8 sont aptes au service. Le Gers fournit 400 hommes sur les 1.400 demandés (le reste étant des Gardes Nationaux). Les Pyrénées-Orientales fournirent, elles, 60 hommes sur les 550 demandés pour les mêmes raisons que précédemnent.

   Pour organiser cette fabuleuse levée dans les départements du Midi assignés aux armées d'Espagne et de Catalogne, le 16 novembre 1813, Napoléon lance un projet d'organisation d'une armée de réserve. Ce projet ordonne à 20 régiments de chaque armée de fournir le cadre d'un bataillon pour former vingt 6ème bataillons acceuillant les nouvelles recrues (1.500 conscrits par bataillon).  Ainsi, 16 000 conscrits (8.000 dans chaque armée) doivent être envoyés aux armées d'Espagne et 4 divisions de 11.000 hommes doivent rester en réserve sous le commandant du Maréchal Moncey, à Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Nîmes.

   Mais ce projet n'aboutit pas faute de ressource et du fait de l'invasion du territoire national. Napoléon met alors en route les bataillons de conscrits des divisions de Bordeaux et de Nimes vers Paris et Lyon, en ne laissant au Maréchal  Soult que la division de Toulouse et au Maréchal Suchet la Division de Montpellier. A la fin du mois de Janvier 1814, la division de réserve de Toulouse (2e division de réserve de l'armée des Pyrénées), sous le commandement  du Général de Division Travot (également commandant de la 10ème Division Militaire), comptait 169 officiers et 4680 hommes. Soult demande alors pour son armée, 5 puis 2 (ou 3) bataillons (Le général Gazan au général Travot le 12 février). Mais le général Travot éprouve de grandes difficultés pour faire partir ces troupes faute d'habillement. 

Le 12 février 1814, la levée de la classe 1815 commence juste après que soit finit celle des 300 000 hommes. Le contingent des Hautes-Pyrénées est par exemple de 630 hommes. Une semaine après 120 hommes sont déjà présent et le 28 février le préfet des Haute-Pyrénées annonce que la levée est terminée.

    Dans son courrier du 22 février 1814 au Ministre de la Guerre, Travot relate qu'en exécution aux ordres du Maréchal Soult, les 5ème bataillons des 9ème et 12ème Légers et des 32ème et  47ème de Lignes et le 6ème bataillon du 64ème de Ligne (environ 750 hommes) sont envoyés de Toulouse vers Tarbes du 16 au 19 février 1814 et sont à la disposition du général Wouillemont. Le Maréchal Soult se plaint dans sa lettre du 4 mars suivant au Ministre de la Guerre que les deux tiers de ces hommes avaient déserté durant le trajet sans tirer un seul coup de fusil.

Néanmoins, l'état de situation du 1er mars 1814 de l'Armée des Pyrénées fait apparaître durant la période du 16 février au 1er mars que:

  • 487 hommes du 6ème bataillon 12ème Légers sont venus renforcer le-dit régiment (apparaît ici comme un renfort du 6ème bat et non du 5ème)
  • 331 hommes du 7ème bataillon 32ème de Ligne sont venus renforcer le-dit régiment (apparaît ici comme un renfort du 7ème bat et non du 5ème)
  • 308 hommes du 6ème bataillon 64ème de Ligne sont venus renforcer le 40ème de Ligne

Durant cette même période, les renforts suivants sont venus également compléter les effectifs de guerre :

  • 77 recrues incorporées dans le 118ème de Ligne
  • 39 hommes venus du 5ème bataillon dans le 120ème de Ligne
  • 67 hommes venus du dépôt du 31ème Léger
  • 28 hommes venus du dépôt du 34ème de Ligne
  • 63 hommes venus du dépôt du 21ème Chasseurs
  • 9 hommes venus du dépôt, 49 incorporés et 1 volontaire pour l'artillerie

    Devant le nouvel échec de la levée de 300.000, le pouvoir n'abdique pas. Le 22 janvier 1814, Napoléon décrète une levée de 27.800 homme de la classe 1815 dans les départements du Midi dont 17.800 était destiné à l'armée des Pyrénées de Soult (répartis à Blaye, La Réole, Marmande, Agen et Montauban) et 10.000 pour l'armée du Marécha Suchet (répartis à Tarbes, Toulouse, Perpignan).

    Le 12 février 1814, la levée des conscrits de la classe 1815 commence dans les Hautes-Pyrénées au moment où celle de 300.000 touche à son terme. Le 28 février suivant, le préfet D'Arbaud-Jouques annonce au Ministre de l'Intérieur que le contingent demandé de 630 hommes pour le département est complet.

   Extrait des mémoires du capitaine Desboeufs du 81ème de Ligne  (p209) :
"Le régiment s'étant affaibli par les derniers combats, le colonel reçut l'ordre de verser les soldats du 2ème bataillon dans le Ier et d'envoyer le cadre à Marmande pour y prendre des conscrits. Ce cadre se rendit dans cette ville en dix jours; il y reçut quelques centaines de jeunes soldats et alla s'établir à Tonneins, d'où il partit vingt jours après pour Toulouse. Pendant cette route nous pûmes nous apercevoir que beaucoup de Français étaient las de la guerre; ils nous recevaient en ennemis et quelques paysans osèrent même nous insulter de loin.
Nous trouvâmes l'armée occupé à construire des redoutes sur les hauteurs situées à l'est de Toulouse, au delà du canal du Languedoc. Les officiers du Ier bataillon nous apprirent qu'à la bataille d'Orthez, où la brigade s'était distinguée, ils avaient perdu cinq officiers et une centaine d'hommes. Notre bataillon resta en ville et reprit l'instruction des conscrits."

    Néanmoins le 2 février 1814, le Maréchal Soult signale au Ministre de la Guerre qu'il ne pourra employer les 17.800 conscrits qu'il lui sont affecté pas avant 2 ou 3 mois. Cependant, ce même Maréchal Soult profite de la relative proximité de certains dépôts de l'armée de Catalogne (Tarbes et Toulouse) pour en prélever les conscrits. De sorte que l'armée de Catalogne n'a pu recevoir que 1.650 conscrits mal armés et mal habillés (Chabot à Clarke le 15 février 1814).

    Le 2 mars 1814, Napoléon finit par appeler à lui tous les bataillons des divisions de Toulouse et de Montpellier.

    Le 5 mars 1814, le général Buquet, commandant la Gendarmerie et Grand Prévôt, écrit au Maréchal Soult pour lui signaler entre autres qu'il ne voit pas 600 hommes dans les 5 bataillons arrivée une semaine auparavant. La désertion fait des ravages...


La Levée en Masse de 1814

    En parallèle de la conscription, les décrets du 4 janvier et 8 janvier 1814 imposent aux départements envahis du Midi une Levée en Masse

    Suite au instruction du Ministre de la Guerre du 5 janvier 1814, les généraux Harispe et Laffite sont nommés pour commander la levée en masse dans les départements des Basses et Hautes-Pyrénées, des Landes, de la Haute-Garonne et des Pyrénées-Orientales. Leur rôle est essentiellement d'organiser des corps francs et de donner des commissions de partisans et ainsi de prendre toute les mesures nécessaires pour nuire à l'ennemi. Instruction du Ministre de la Guerre du 5 janvier 1814.

    Napoléon recommande au Géneral Harispe de s'appuyer sur des militaires de haut-rang dans les départements d'où ces derniers sont natifs afin  d'accélérer cette lévée. Ainsi le Général Marasin va être envoyé dans les Hautes-Pyrénées et le Général Darricau, dans les Landes.

    Le préfet des Hautes-Pyrénées, D"Arbaud-Jouques, propose sa Légion de Gardes Nationaux (1.200 hommes) pour faire face à cette levée et ne pas amputer le département d'autres hommes. Cette proposition est acceptée par le comte Cafferelli et le général Harispe. Mais le Maréchal Soult souhaite, de son côté, 2 Légions supplémentaires, 2 compagnies de cannoniers, 1 compagnie de sapeurs de 125 hommes et 2 escadrons de cavalerie légère de 200 hommes chacun (l'habillement et l'armement étant au frais du département). Face à cet effort iréalisable, le Préfet des Hautes-Pyrénées prend néanmoins un arrête le 15 février 1814 vers ses administrés. Pour faciliter cette levée, le Général Maransin originaire de Lourdes est envoyé à Tarbes le 22 févier. Mais devant la difficulté de la tâche et la faible mobilisation de la population du département, seule une Légion de 1.200 hommes est prête au mois de février 1814. Parmi cette dernière, seule une poignée de soldats rejoint, sous les ordres du Général Wouillemont, l'armée des Pyrénées.

    Le 10 mars 1814, le Préfet des Hautes-Pyrénées tente une dernière levée en masse qui aboutit à la formation de 2 nouvelles Légions de 1.200 hommes. La première légion formée par les cantons de l'arrondissement de Tarbes est rassemblée dans les communes environnant le chef-lieu. La deuxième, composée de 5 cohortes des arrondissements d'Argelès et des cantons de la Barousse et de la vallée d'Aure défend les vallées.
Une troisième Légion est en cours de formation et provient des cantons de Campan, Bagnères, Lannemezan et Castelnau et des 4 cantons occupés par les Anglais. A ces Légion, le Préfet peut ajouter les deux cohortes urbaines de Tarbes et Bagnères (800 hommes) et une compagnie de gardes-champêtrede 150 hommes. En tout, 3650 hommes sont levés, nombre pouvant monter à 4550 hommes, mais malheureusement, le manque d'armes rendit ce dernier sursaut d'aucun secours pour l'armée.


Les conscrits à la bataille d'Orthez

Peu d'information nous est parvenue. Les seules évocations des conscrits lors de la bataille d'Orthez sont les suivantes :

  • Deux bataillons de conscrits de la Division de réserve de Toulouse était avec l'aile gauche du Lieutenant-Général Clauzel. Ils se sont illustrés lors de la retraite en défendant la Motte-de-Tury face aux troupes anglo-portugaises du général Hill.
  • Un autre bataillon de conscrits fraichement arrivé s'est illustré lors de la défense du pont de Sault de Navailles.
  • Enfin la cavalerie du général Berton lors de sa retraite rencontra un autre bataillon de conscrits qui se rendait à Orthez et le rallia à lui.

 

Sources principales : 

  • "L'évacuation de l'Espagne et l'Invasion dans le Midi - Juin 1813 - Avril 1814" - Capitaine Vidal de la Blache - 1914
  • "Neuf mois de campagne à la suite du Maréchal Soult" – Lieutenant-Colonel Jean-Baptiste Dumas - Editions Henri Charles-Lavauzelle - 1907
  • "Les premiers préfets des Hautes-Pyrénées (1800-1814)" - Jean-François Soulet - Paris - 1965